Marine SAINT PERSAN
Au nom de la mer
"extraits"
A paraître premier trimestre 2012
L'Homme de la mer
Passeport pour la nuit
Méduse sans radeau
Mémoire entre deux sexes
Entre deux cris, tu meurs
Entre deux exils, tu fuis
Entre deux pays frères, on t’écartèle
Mer rouge de ton corps
Dressé en obélisque
Érection d’un brillant verbiage iliaque
Parcouru du relief sensuel
De la révolte à la beauté
Mer du partage de tes œuvres sans honte, éparpillées
Et le soleil des poètes jaillit
Du désespoir maternel
De tes joies carnassières désinvoltes jusqu’à l’impertinence
Contre ce père haï, première syllabe de ton refus
Pourtant, tu écrivais avec des mots
Qui n’étaient pas une prison
Marseille, août 2009
Hommage à Jean SÉNAC, poète Algérien né français à Béni-Saf, en 1927, qui meurt assassiné à Alger, le 30 août 1973. Filleul de René CHAR et parrain d’Hakim HAMADOUCHE, il fut un grand poète contemporain de la Méditerranée.
Mer originelle
Viens mer
À travers les roches
Viens et baigne-moi
De ton estime bleue
Qui m’est plus qu’un répit
Moins qu’un accroc
Peut-être l’accès fatal à la déchirure
Au-delà de laquelle
Tout redevient naissance
Marseille, août 2011
Citoyens de mon silence
Que la poésie
Espace toujours indemne
Qui déploie sa gracilité
Sur le rivage et les falaises
De Méditerranée...
Que la poésie
Qui a la nuit pour toit
Les rêves pour matériaux
Et l’homme pour exploit
Décevant et merveilleux...
Que la poésie
M’assurant de la puissance
De ses ennemis
Soit éphémère
Et leur art voué au néant...
Que la poésie triomphe en bloc
C’est assez pour que les visages souverains
De Sénac Lorca Nietzsche
Soient ressuscités
C’est assez pour que je survive...
Marseille, août 2009
Trame d'écrire
Les crimes
La guerre
La violence
Aiguisent notre conviction
Le monde entre en transe
Son exaltation s’imprègne
De la force de son orgueil
Sa férocité n’a d’égale
Que son goût pour la richesse
Paradoxal
Il affame et anéantit
Pour se régénérer...
D’apparence parfaitement indestructible
Il est aux abois !
Nous poètes
Nous détruisons
La folie par le papier
La haine par l’absence
Et l’inconscience par le mot juste
Nous connaissons les cataclysmes
Qui sommeillent sous l’atome
Mais rien
Rien de ces infimes menaces
N’égalera jamais
L’amour et la colère
Qui nous viennent des étoiles !
Japon - Hiroshima, septembre 2010
Culte des mots
Il semble aujourd’hui
Que quelques paroles
Soient difficiles à extraire
Au grand sceau de mon silence
Je me vide de tout
Pour faire naître l’âme
L’âme prodigue en prison
Derrière elle
Un monceau de mots
Qu’elle doit affranchir
Mais avant
Elle mange des étoiles par la racine
Marseille, janvier 2009
« Prends garde à toi ! Je suis la bonté même ... La pieuvre du cœur »
Avec un ton qui éveille, l’écriture de Marine Saint PERSAN se fait directe, limpide ; le souffle poétique comme un appel se fraye et se hisse pour faire entendre une voix armée, il élève nue une flamme, celle qui ne tarira pas malgré un long couloir d’épreuves, où elle y rêve agrandie : « de pays frères ... de mots fruitiers, de mots qui ne seraient pas une prison, aux mots comme des ponts... »
Ce recueil fait état d’un long parcours de poète-combattant ; où colère, révolte, découragement, solitude, silence, confiance enfin, ouvrent les possibles de la nature humaine qui puissent dépasser les nouvelles barbaries et les identités étroites de tous bords. Il éclaire d’une manière magistrale le désir profond de Marine Saint Persan qui en se faisant poème, touche à la grande Humanité.
Anne-Marie BARIL